Réflexions d’un médecin à propos de l’épidémie du Covid 19

Un mois de confinement et le virus circule toujours. Est-ce étonnant ? Pas vraiment. Circulera-t-il toujours le 11 mai ? Très probablement. Pourquoi ? C’est la question essentielle et pour la comprendre, il faut savoir comment ce virus se transmet.

Nous savons qu’il peut demeurer longtemps sur certaines surfaces mais là n’est pas l’essentiel. On est contaminé dans la très grande majorité des cas (90%, 99%, 99,9% des cas ? personne ne le sait exactement) en respirant le nuage d’aérosol contenant le virus, nuage invisible bien sûr, nuage qui se forme lorsqu’une personne contaminée respire (et notamment lors de la toux, du chant, du rire) ; ce nuage pouvant persister longtemps dans un lieu clos, bien après que la personne contaminée en soit sortie. Pensons à ce que nous avons fait depuis le début du confinement tout en respectant scrupuleusement les consignes.

Nous sommes tous passés sans protection adéquate dans de tels lieux clos, magasins, transports en commun, lieu de travail pour ceux qui ont la chance de travailler, etc. Nous avons tous pu y rencontrer le virus et nous y contaminer ; nous avons tous pu y laisser des virus si nous sommes contaminés. Clairement, cela veut dire que la chaine de la transmission du virus n’est pas bloquée par le confinement tel qu’il est organisé, elle est juste ralentie … et risque de repartir de plus belle si … Si on ne prend pas enfin les décisions indispensables, les décisions qu’on aurait dû prendre dès le début.

J’ai un peu le sentiment qu’on a perdu deux mois à ne rien faire et que le jour de la levée du confinement on va repartir comme au premier jour, avec des porteurs du virus qui peuvent contaminer toute la population. Alors que faut-il faire ?

D’abord regarder ce qui a été fait dans d’autres pays, et pas uniquement dans la direction de nos « dieux » habituels, l’Allemagne ou les Etats-Unis. Je ne citerai qu’un « petits pays », la Corée du sud, mais il y en a beaucoup d’autre dont l’expérience est intéressante. Ces pays ont réussi à contenir l’épidémie sans avoir eu besoin de recourir au confinement massif utilisé chez nous. Leur arme secrète ? Les masques. Pendant ce temps nos macronistes nous expliquent que les masques ne sont pas si efficaces que ça, que la protection qu’ils apportent ne fait pas le consensus scientifique, etc. Et je vais peut-être vous étonner mais je pense qu’ils n’ont pas tout à fait tort (l’important étant dans ce « pas tout à fait »). Le masque n’est pas fait pour une protection individuelle. Quand le chirurgien met son masque, est-ce pour se protéger lui ou pour protéger le patient qu’il va opérer ? Pour protéger son patient bien évidemment. Les masques sont efficaces pour éviter que le porteur du masque diffuse ses microbes dans l’environnement ; ils sont moins efficaces dans l’autre sens (à des degrés divers suivant le type de masque). Il est donc vrai que le masque ne protège pas totalement celui qui le porte. Il protège les autres. Si je porte un masque, je vous protège, si vous portez un masque, vous me protégez. Si nous portons tous un masque, nous nous protégeons mutuellement. Ce qui est étonnant mais très révélateur, c’est que nos macronistes, englués dans leur idéologie individualiste (la concurrence, la performance, le chacun pour soi …) ne voient que la protection individuelle imparfaite que le masque peut apporter et n’arrivent pas à concevoir l’efficacité du port du masque généralisé, une protection collective et solidaire. Mais des masques, en a-t-on ? Ben non. Et pourquoi ? Parce qu’on n’a pas pris la peine d’organiser leur production.

Là aussi, regardons ce qu’ont été capable de faire les « petit pays ». Le Maroc a organisé la production de masques chez lui et peut en produire 3 millions par jour pour les besoins de sa population. Comment se fait-il que la décision de le faire n’ait pas été prise en France. Là encore, idéologie : dans la tête de nos macronistes, il ne faut surtout pas que l’état s’occupe de quoi que ce soit ; le marché, les entrepreneurs, les start-up, que sais-je encore, nous procurerons spontanément les masques dont nous avons besoin et au meilleur prix cela va sans dire car la concurrence veille. Curieusement, ça ne marche pas en temps de crise, et ils ne s’en sont pas encore aperçu (mon avis personnel : ça ne marche jamais, mais ce n’est pas le sujet du jour). Ils ne se sont sans doute pas aperçu non plus qu’il y a encore des hôpitaux ou des maisons de retraite qui manquent de matériel après un mois et demi de crise.
Résumons. La distanciation sociale est indispensable pour ralentir, voire pour bloquer l’épidémie. Parmi les différentes façons d’appliquer cette distanciation, le confinement généralisé est celle qui est le plus facile à mettre en oeuvre pour un gouvernement. Malheureusement, ce n’est pas la plus efficace (en dehors même de toute considération économique). Vous l’aurez compris, la principale mesure à prendre, c’est le port du masque généralisé, notamment dans tout lieu clos recevant du public (et sans attendre le déconfinement). Toute les autres mesures ne peuvent être que des mesures complémentaires, confinement plus ou moins ciblé, suivi des personnes contaminées etc. Remarquons au passage que le suivi des personnes contaminées (quels que soient les moyens utilisés et quelles que soient les questions que ça pose d’un point de vue démocratique) ne peut être utile que si des dépistages massifs sont organisés. Mais a-t-on des tests ? Et n’oublions pas : l’économie mondiale a été mise à l’arrêt. Cela va provoquer des catastrophes économiques et pas seulement chez nous. La faim s’étend dans les pays les plus pauvre et cela risque de faire des millions de morts, soit bien plus que le virus.

Pouvons-nous laisser faire ça ?

Docteur Pierre Defontaines 24/04/2020

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